dimanche 26 avril 2009

Huang Shan - La Montagne Jaune

Depuis Guilin, direction la Montagne Jaune, où j'arrivai à bon port après 20 heures de train et trois heures de bus avec arrêts divers. C'est un coin magnifique, apparemment célébré par les poétes et peintres chinois depuis des millénaires, aujourd'hui très populaire chez les touristes (chinois, et quelques français perdus) qui s'y agglutinent malheureusement comme dans un parc Disney. On peut néanmoins trouver un peu de calme si l'on s'aventure sur des voies un peu plus difficiles. Parmi les vues les plus saissisantes les canyons du nord-ouest et les chemins à flanc de roche qui y ménent.
La plupart passent une nuit au sommet, mais je préférai faire les quelques 7 heures et demi de marche le même jour qui me permirent de voir la plus grande partie de la montagne.
Anecdote amusante sur la muséographie chinoise: là où les pancartes (pas les audioguides, plus approfondis) se contentent habituellement de dire "Ceci est un temple. Il est en bois. Il est très grand. Il est beau hein?", le chemin est jonché de plaques vous informant que telle ou telle roche est formée de 43.78% d'orioclase, de 25.06% de plagioclase et du reste de quelconque feldspath-orthoquartz. Je notai une nouvelle fois que je ne comprends rien à la géologie.
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Leçon de chinois: prononciation

Je n'ai pas de photos de gare, alors j'ai choisi ce qui s'en rapproche le plus, c'est à se taper la tête contre les murs, mais c'est aussi très divertissant. Un voyage en Chine peut se transformer en cauchemar si le touriste oublie de se munir, non pas de tablettes immosel, mais d'une bonne prononciation, et ceci particulièrement dans certains moments critiques:
Une gare en Chine c'est 10, 15, 20 guichets, chacun leur file attitrée avec des temps d'attente tellement longs qu'aux fermetures régulières, programmées et affichées pour pause de 20 minutes les gens préférent rester dans la file plutôt que de changer de guichet. Le choix du guichet est alors le résultat d'un processus d'optimisation dont la complexité perdrait le meilleur expert en théorie des jeux. Situation tendue où les quelques resquilleurs sont aussitôt repoussés par un vigile armé de son mégaphone (en chine le mégaphone ne s'utilise qu'à bout portant, il n'est pas fait pour s'adresser à un groupe lointain mais bien pour crier le plus fort possible dans les oreilles).
Il se trouve qu'un jour lorsqu'après une heure d'attente ce fut à mon tour de m'adresser au guichet, il ne restait plus que 10 minutes avant la prochaine pause, et je sentais comme autant d'aiguilles d'acupuncture dans la nuque les dizaines de paire d'yeux de ceux qui commençaient à réaliser que leur calcul de chances et leur espoir d'obtenir un ticket rapidement risquaient bien d'être ruinés à cause d'un touriste lent à la comprenette. Conscient du poids qui pesait sur mes épaules, je commandai en détachant mes mots un billet pour Xi'an. La sanction fut sans appel: "Xian?" répéta le guichetier, visiblement perdu. "Xian?" répétèrent ses collégues aux guichets avoisinants. Je répétai, plus lentement. "Xian, shenme (quoi?) Xian?" me répondit de nouveau le guichetier, et l'enjeu étant de taille, de ma file et la file attenante s'élevérent bientôt un concert de "Xian, Xian, Xian?", tous voulant m'aider à me tirer, et eux du même coup, de ce mauvais pas. Je pris ma respiration, et touché par une inspiration purement divine, lançait un "Xian" accentué aux deux syllables avec le premier accent (constant en haut) au lieu du vague quatriéme accent (descendant) que j'avais d'abord choisi. Le visage du guichetier s'éclaira subitement, un soupir de soulagement parcourut la salle, "Xian! Xian! Xian! Xian!" retentirent de toute part comme autant d'Halleluïas et la foule en liesse m'aurait porté aux nues si cela n'avait pas été un risque de perdre leur place dans la queue. Le guichetier accrocha un peu sur mon "libai tian (dimanche)" mais fut immédiatement rappelé à l'ordre par les "libai tian!" secs de mes suivants qui trouvaient cette fois-ci la prononciation honorable et prièrent l'agent d'arrêter de chipoter et de me donner mon billet.
Depuis ce jour-là je consulte religieusement les indications de prononciation de mon guide.
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Guilin

Je revins à Guilin et ne m'y attardai pas. C'est une ville agréable, traversée par la rivière Li et abritant une roche perçée qui lui vaut d'être jumelée avec l'aiguille d'Etretat, mais toute visite me parut fade au regard des paysages de Yangshuo. Direction la librairie où je fis le plein de livres pour les jours à venir.
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Yangshuo - A bicyclette

Me voilà à Yangshuo, charmante petite ville au bord de la rivière Li et de son affluent, le Yulong. Chose rare dans mes excursions, la campagne est à proximité immédiate de mon hôtel, je loue donc une bicyclette pour m'égayer dans la verdure. Je me perds aussitôt mais pour mon plus grand bien car je me retrouve au coeur des rizières et autre vergers. Les chemins sont très étroits, et je dois m'arrêter fréquemment pour laisser passer un buffle d'eau ou un paysan tirant sa charette.
C'est visiblement la saison pour planter le riz, labeur qui paraît ô combien éreintant. Les graines ont d'abord été semées dans des serres et les jeunes pousses doivent maintenant être plantées une par une, à la main, dans les champs inondés. Les pieds dans la boue, les fermiers se baissent plus bas que terre et alignent inlassablement les plants sous la chaleur torride.

Tout ceci amène une perspective différente sur les "mingong", travailleurs migrants chinois dont les conditions de vie très difficiles sont relatées abondamment dans nos médias nationaux. Il faut se dire que s'ils partent travailler en ville, au noir, loin de chez eux, vivent dans des dortoirs infâmes, mangent mal et peu, c'est pour envoyer de l'argent à leur famille car leur existence à la campagne est encore pire. Ils partent pour améliorer leur sort, non parce qu'ils ont été chassés de leurs terres (à ma connaissance). C'est assez différent de la révolution industrielle anglaise où le jeu des proprétaires terriens a exclu les paysans de leur terres pour ne leur laisser comme unique choix que de travailler dans l'industrie et ses fabriques infernales. Il n'empêche que le résultat est le même, une formidable "armée de réserve" à la disposition des employeurs.
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Sur la rivière Li

La croisière sur Chang Jiang m'amène à Yichan, puis je rejoins Wuhan et de là Guilin où j'embarque à bord d'un frêle esquif qui m'aménera jusqu'à Yangshuo. C'est le pays de la carte postale, on peut y admirer des massifs de "karst", un paysage de collines formé par des cours d'eau érodant un plateau calcaire. C'est là aussi que des pécheurs se servent de cormorans pour attraper le poisson.
Sur le bateau je rencontre trois anglais qui un beau jour ont décidé de prendre le train: ils ont parcouru l'Europe, sont allés en Russie par le transsibérien, puis en Mongolie par le transmongolien, ont rejoint la Chine, se préparent à leur passage en Inde, Pakistan, Iran, etc...Je me dis que c'est peut-être eux qui ont raison, à méditer.
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vendredi 24 avril 2009

Chang Jiang - Barrage des Trois Gorges

Enfin nous arrivons à la dernière étape, la visite du barrage des Trois Gorges. C'est je crois le plus grand projet hydro-éléctrique du monde, qui nécessita le déplacement de plus d'un million de personnes. On connaît tous la polémique autour de ce barrage, risques environnementaux, etc...je suis peut-être trop enthousiaste mais je trouve qu'on l'on est quelque peu injuste envers le gouvernement chinois: d'un côté on les attaque sur leurs centrales au charbon et leurs émissions à effet de serre, et quand ils produisent de l'electricité via l'énergie renouvelable on les attaque encore. Je ne dois pas avoir toutes les données du problème, mais enfin...d'ailleurs les anglais pensent sérieusement à faire de même avec la rivière Severn, à une échelle plus petite c'est sûr.
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Chang Jiang - Les Trois Gorges

M'étant assoupi pendant le passage de la première gorge, voici de l'arrière du bateau le soleil se couchant sur la deuxième gorge, très beau moment où nous eûmes l'impression de trouer la toile d'un décor de théatre ou d'un tableau et passer de l'autre côté non sans laisser derrière nous un sillage de lumière où se mélaient toutes les couleurs que le peintre avait disposées sur le canevas (ok c'est pas du Du Fu).
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