vendredi 24 avril 2009

Chang Jiang - Les petites trois gorges

Interméde dans ma croisière de trois jours: une exploration en bateau rapide des petites trois gorges, au nord du fleuve. Très belle lumière, qui ne permit cependant pas d'apercevoir des cercueils suspendus à la falaise par une tribu locale. Ni les singes qui peuplent les collines environnantes.
Discutai avec un chinois qui me demanda les prix d'une montre Cartier en France et d'ailleurs en savait plus que moi à ce sujet. Chine, terre de contrastes.
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Chang Jiang - Du Fu - Poéte maudit

Dans le temple du général, à qui l'on offre de l'encens comme on en offre au bouddha, je trouvai une statue de Du Fu, poéte maudit de la dynastie des Tang, au VIIIéme siécle. Sa vie fut proprement déchirante, une jeunesse brillante, conversant avec les plus grands lettrés, un voyage de quatre ans au nord de la chine où il bu, composa, chassa à dos de cheval (à cette époque toute bonne éducation devait inclure un long voyage - que nos DRH censeurs s'en inspirent), son malheur commença lorsqu'il échoua aux examens impériaux, plus érudit que ses correcteurs il ne put s'en faire comprendre. Il essaya et parvint de temps en temps à se rapprocher de l'empereur et acquérir une charge, seul métier pour un lettré souhaitant exercer sa vocation, mais vécut souvent dans la misère, s'exila maintes fois en raison des troubles qui traversaient le pays, vut mourir quelques-uns de ses enfants, et le reste tomber dans l'ignorance la plus crasse faute de moyens, lui le fier héritier d'une longue lignée de littérateurs. Restent ses poémes, la plupart qu'on devine composés sous l'effet de l'alcool, seul baume à son destin perdu. Mes amis m'ayant offert un recueil de lui, voici un extrait, pas spécialement représentatif d'ailleurs car nombre de ses poémes célébrent la nature et les moments simples de l'existence:


« Décrivant mon sentiment

Au profond de la nuit, assis dans la véranda du sud,
la lune brillante éclaire mes genoux
une brusque rafale de vent renverse le Fleuve céleste,
sur les poutres de la maison déjà le soleil se lève
au sein de la multitude des êtres, chacun, après avoir passé la nuit,
vole ou rampe en compagnie de ses congénères
je dépêche moi aussi mes fils,
afin qu'ils s'affairent pour mon profit personnel
sous le ciel froid les voyageurs sont rares,
à la fin de l'année le soleil et la lune sont préssés
la gloire et le renom égarent les hommes,
dans ce monde chaotique ils s'agitent comme des poux
les anciens, bien avant les trois souverains saints,
une fois leur ventre rempli, n 'avaient d'autre désir
pourquoi avoir inventé l'écriture en noeuds de corde?
C'est elle qui nous a piégé, qui nous a englué
en tête des criminels celui qui frotta du bois pour produire le feu
le malheur empira avec le pinceau de l'historien Tong Hu
regardez autour de la flamme de la lampe,
tournoyer le papillon de nuit
pourtant, si on laisse aller son esprit au-delà des huit extrémités,
qu'on regarde en haut ou en bas c'est partout la même quiétude
quand on comprend enfin sa véritable nature,
n'obtient-on pas l'or magique de l'immortalité? »

C'est très chinois, sûrement influençé par le Dao de Lao Zi (plus là-dessus plus tard), ça rappelle aussi les Travaux et les Jours d'Hésiode:

"En effet, les dieux cachèrent aux mortels le secret d'une vie frugale. Autrement le travail d'un seul jour suffirait pour te procurer les moyens de subsister une année entière, même en restant oisif. Tu suspendrais soudain le gouvernail au-dessus de la fumée et tu laisserais reposer tes boeufs et tes mulets laborieux. Mais Jupiter nous déroba ce secret, furieux dans son âme d'avoir été trompé par l'astucieux Prométhée. Voilà pourquoi il condamna les hommes aux soucis et aux tourments. Il leur avait caché le feu ; mais le noble fils de Japet, par un adroit larcin, le leur apporta dans la tige d'une férule, après l'avoir enlevé au prudent Jupiter qui aime à lancer la foudre. Ce dieu qui rassemble les nuages lui dit en son courroux :'Fils de Japet, ô le plus habile de tous les mortels ! tu te réjouis d'avoir dérobé le feu divin et trompé ma sagesse, mais ton vol te sera fatal à toi et aux hommes à venir. Pour me venger de ce larcin, je leur enverrai un funeste présent dont ils seront tous charmés au fond de leur âme, chérissant eux-mêmes leur propre fléau.'"
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Chang Jiang - Art de la guerre

Premier arrêt nocturne dans un temple à la gloire d'un général local, amateur de vin devant l'éternel, qui dérailla après que son frère fut tué dans une bataille. Les chinois ont une histoire militaire très impressionante, et nombreuses furent les occasions où une armée plus faible mais plus maligne eut raison de ses adversaires. Dans l'Histoire des Trois Royaumes, l'un des quatre piliers de la littérature chinoise, deux hommes à la tête d'une flotte d'épouvantails récupérent des milliers de fléches lançés en masse par la force adverse trompée par le brouillard. Ces fléches retourneront ensuite à l'envoyeur. Les chinois sont d'ailleurs des grands admirateurs de Napoléon, parce qu'il fut un grand stratège mais aussi parce qu'il sut reconnaître la force de la Chine. Citez "Quand la Chine s'éveillera, le monde tremblera" et vous êtes sûr de vous faire des amis. Mais les chinois sont, pensait Michaux, plutôt pacifiques, et rapporte un proverbe chinois qui dit quelque chose comme "on ne fait pas des clous avec du bon métal" pour signifier que c'est en dernière extrémité qu'il faut en masse former des jeunes gens à être soldats. Enfin c'est un peu à l'emporte-pièce et je n'ai rien contre les militaires, loin de là.
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Chongqing

Pour me contredire un peu sur le blog précédent, voici une photo de Chongqing, située sur le Yangzi (que d'ailleurs les chinois n'appellent pas du tout comme ça, ils le nomment Chang Jiang, grand fleuve, je ne comprends pas pourquoi l'on utilise constamment des termes différents). La ville est une des grandes fournaises de la chine, apparemment privée d'air par les collines environnantes, la température en été y atteint des températures records. Je confirme même si ce n'était pas l'été et les rues en pente vers la riviére n'aident pas non plus. J'y passe juste quelques heures avant d'embarquer pour la croisière des fameuses Trois Gorges, à bord d'un bateau où la première chose que j'aperçu fut un rat grignotant paisiblement des biscuits dans un des compartiments. Je le désignai du doigt à mon voisin qui ricana et son haussement d'épaule me fit comprendre qu'il ne faut pas s'émouvoir pour si peu.
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Chengdu

Je ne prends guère d'images des villes où je passe: c'est qu'en Chine elles se ressemblent un peu toutes. Grands centres commerciaux, tours, places anonymes, immenses carrefours, néons éclairant des avenues hors de proportion. Voici Chengdu, image qui d'ailleurs ne dit rien sur la chaleur des habitants, probablement les plus accueillants de toute la Chine, ni sur la douceur de certains lieux tels les maisons de thé où les chinois jouent aux cartes jusqu'à des heures indues. Mais je n'aime pas prendre les gens en photo sans les connaître un peu. Ce sera donc tout sur Chengdu.
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Ah les jolies colonies de vacances

Je fis le voyage jusqu'à Jiu Zhai Gou avec un groupe de touristes chinois, l'occasion pour moi de les connaître un peu mieux. Pour un observateur extérieur, le chinois pourrait passer pour quelqu'un d'impoli, vu sa tendance à ignorer les files d'attente et toute forme de priorité, de sale, il se racle la gorge et crache à tout va, se mouche comme les maçons, sans les mains et d'une expiration séche, de décidément très impoli, il rote et péte à plaisir, et braille à tous vents. En fait, si l'on y regarde de plus près, le chinois est un grand enfant, il est tout simplement spontané, et pour peu que l'on baragouine le mandarin, se met tout à coup à vous faire une fête pas possible, vous invite à sa table pour boire des coups, le chinois a un sens inné de la camaraderie.
Alors de temps en temps, il y a une exception, tel ce vieil homme qui ne supportant pas de partager sa chambre avec un étranger, décida de changer avec quelqu'un autre non sans avoir vociféré pendant dix bonnes minutes. Ou, si on a le malheur de tomber sur un fervent, de se trouver pris sous un déluge de "Sarkozy! Dalai-lama ! Xizang (Tibet en chinois) !" sans trop pouvoir répliquer que c'est une histoire bien compliquée. Etonnament, la colére du chinois retombe très vite et certains vous tapent dans le dos cinq minutes après.
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Jiu Zhai Gou - Tibétains

La vallée de Jiu Zhai Gou se trouve sur le plateau Tibétain, à plus de 2,000 métres d'altitude, et abrite une minorité appelée Benbo. Ils semblent toujours vivre dans des bâtiments de pierre, boue, et bois bariolé, bien que l'on voie ici et là des bâtiments modernes. La secte Benbo fut apparemment créée il y a quelques 14,000 ans. Le benbo a la particularité de faire tourner ses roues à priére dans le sens contraire des aiguilles d'une montre contrairement au reste des tibétains. Enfin, le benbo ne se foule pas à egréner des chapelets, il monte ses roues à priéres sur des moulins à eau qui font le boulot pour lui.
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